L'alchimie, sœur de la prophétie et la tradition antique des parfums

La lumière cherche à se connaître dans la matière. L’alchimie est cette connaissance. Le parfum en est la trace.

L’alchimie, science du soleil

Une des étymologies possibles est que le mot alchimie viendrait de al shemen, le principe vital, la source de vie, les huiles et la science du soleil.

El est le principe totalisant, le zodiaque.

Shemen se traduisant par huile, essence ou principe vital qui vient du soleil.

Shemesh est le soleil.

La science divine est le niveau de l’olive qui, une fois pressée, oint par la connaissance.

L’alchimie de la vie

Les anciennes civilisations antiques n’étaient pas les adorateurs du soleil comme on le prétend. Ils avaient acquis la compréhension ontologique du rôle de l’étoile de notre système solaire et son action sur la création de la vie.

Leur manière de penser diffère complètement de la nôtre, qui se veut maintenant purement intellective. Leur manière supposée de voir et d’aborder la vie se faisait par deux approches : l’une intellective et l’autre sensible. Ce sont les deux voies pour l’acquisition de la connaissance.

Le monde sensible

Les époptes, dans les temps antiques, apprenaient que notre système solaire dépendait d’un autre système solaire. Cet ensemble peut se traduire comme deux états de pensée qui se fusionnent en un. La résultante est la compréhension ternaire, qui est Un engendrement. Les époptes comprenaient l’être dans toutes ses dimensions. Ils ne dissociaient pas la vie de la source elle-même.

œuvre dite au rouge
œuvre dite au rouge

La pensée antique égyptienne

Elle favorisait le savoir de l’âme comme principe premier, la connaissance de l’étoile et l’engendrement de la vie.

Ils considéraient différents états de la lumière solaire :le principe éclairant, la chaleur, la lumière visible et non visible dans les horizons du crépuscule à l’aurore. Le rouge.

La couleur rouge est celle de l’esprit qui révéle la véritable lumière à venir l’or.
L’action dynamisante de la vie par ce principe sur la terre étant l’organisation des axiomes de vie, selon un principe directeur des quatre directions pour la manifestation d’un corps.

La tradition antique

Elle expliquait que quatre forces sont en jeu au niveau de l’âme humaine. Ces quatre forces pourraient être symbolisées par les quatre fleuves du jardin sacré.
Ce sont quatre forces électriques et électromagnétiques qui, à des états différents, créent la matière et les corps sous l’impulsion de la lumière véritable, le souffle vital ou verbe créateur.


Un cycle d’étude approfondi sur ces forces et leurs combinaisons entre elles était enseigné. La répartition de ces forces permet à l’âme de prendre un corps. L’âme était vue sous l’aspect le plus noble, la planète Terre.

Homme Feuillu (Green Man) entouré de fougères, ibis et caducée de Mercure, illustration parfum botanique Elganaur
Passage du rouge à l’or
Passage du rouge à l'or

La nature est l'exhalaison du verbe

L’étude de celle-ci nous amène dans les arcanes secrètes de la création et de sa quintessence, le parfum. Un des savoirs des parfumeurs antiques fut de retranscrire leurs compréhensions de la cosmogonie au travers des fragrances ou des baumes servant comme moyens opératifs au niveau de l’âme.

La transmission de la connaissance, les collèges de savoir

Les époptes étaient formés à la science divine dans des collèges de savoir. Ces collèges portaient le nom d’amath.

Ces lieux favorisaient l’accès à des niveaux spirituels de conscience et scientifiques très avancés : y étaient enseignées l’astronomie, la mathématique, la géométrie et la musique.

Caladrius, oiseau blanc légendaire guérisseur des rois, illustration parfum Elganaur au coucher du soleil sur l'océan
Caladrius

L’astronomie était retranscrite par la nature naturante et les époptes faisaient des parallèles entre la nature naturante et la nature naturée, soit entre les cycles de la cosmogonie et les cycles de la nature.

Les collèges ou temples comportaient trois niveaux (comme l’arche). Chacun de ces niveaux correspondait à des enseignements précis.

Ici, nous allons aborder sommairement le troisième niveau qui correspond à la cosmogonie. La cosmogonie y était expliquée par les textes sacrés. Un pan de sa science opérative est l’alchimie, incluant la médecine de l’âme et les parfums.

L’ART ALCHIMIQUE DES PRÉPARATIONS ANTIQUES

La vision supposée des anciens collèges est que la vie de l’âme est éternelle et que, tant que l’âme est méritante, elle reprend un corps.

Le travail de l’âme au plus haut niveau faisait percevoir la divine réalité de celle-ci : la réalité toute cosmique ainsi que le processus de la création.

Le travail de l’homme ici-bas est de favoriser les liens et la continuité de la création par le monde de l’action, en rendant grâce au principe premier, de s’insérer dans le respect des cycles et de faire du corps, du pays, de l’âme un miroir du ciel.

Le mode opératoire des préparations parfumées

Les élixirs favorisaient le travail ontologique de l’âme, sur la mémoire au niveau de l’homme. Ainsi, la dimension des parfums se dévoile.

L'huile et l'eau, les quatre éléments, les quatre directions, la quintessence

L’huile symbolise l’imprégnation du savoir divin et le niveau prophétique : l’oint par la connaissance. La matrice est support de la science divine, symbolisant le départ, l’âme agissante et la construction du corps autour de l’âme.

L’huile intrinsèquement renferme en elle-même la quintessence des quatre éléments et des trois saisons égyptiennes de 360 jours.

Une quatrième saison correspondait aux 5 jours épagomènes qui étaient sacrés et dont la compréhension était classée comme dangereuse : la dimension cachée du bitume est le corps de résurrection.

L’eau en Égypte possède des propriétés assez surprenantes. Elle est riche en calcium, magnésium, sodium et soufre. De par sa composition, cette eau est apte à servir de support à des modifications chimiques.

Les encens, le zodiaque et les planètes. Le dévoilement de l'inconscient au niveau lunaire

Les encens font le lien entre le corps, qui est géré par le zodiaque, et la fumigation ; les parfums font le lien avec le domaine de la tête et des planètes. Les clés de la porte du ciel : la connaissance des encens en lien avec les planètes et les signes du zodiaque.

Représentation symbolique de l'âme dans la tradition alchimique et hermétique.
L'homme Zodiacal

Les plantes aquatiques, le cœur, l'émotionnel, les cycles, l'étoile Sirius

La renaissance de l’esprit, les cycles et le niveau de l’eau (déluge) est Sirius. Les plantes, telles que les nénuphars ou le souchet odorant, furent dédiées à la renaissance de l’esprit.
L’utilisation de telles plantes dans les macérats des parfumeurs antiques aidait l’âme à traverser la mer de ses émotions, la mer humaine, afin que l’être ne soit plus prisonnier de son mental et de ses sens.

Petit aparté
L’étoile Canopus est liée à la navigation de l’âme vers le jardin ; elle symbolise un bateau et elle est le soleil qui accompagne Sirius.

Les fibres purifiantes, l'esprit éclairé, l'organisation de notre galaxie, l'étoile Véga

Véga la tisserande : l’image de cette étoile est la tisseuse (créatrice) de mondes. Elle est le soleil ardent de notre âme, le feu de l’esprit.

Certaines fibres étaient utilisées afin de purifier et d’amener la dimension solaire dans le macérat ou utilisées comme mèche dans les huiles sacrées.

La mèche est support de la nouvelle vie, éclairée par la connaissance, qui symbolisait l’esprit céleste. Les momies auraient été sous ce vocable, pour atteindre le jardin.

Le bitume et la quête des cinq jours épagomènes ou la quintessence de la région de l'âme

Le symbole du bitume est l’âme se transcendant de sa dimension humaine pour épouser la dimension divine, consciente de l’unité. C’est la véritable dimension de Saturne, qui gère secrètement notre système solaire et préside l’âge d’or.

Préparation alchimique bleue utilisée dans les traditions hermétiques et les parfums antiques.
Préparation du bitume

Le bitume nous enseigne l’éternelle renaissance de l’âme avec la compréhension des cycles.

Il était employé dans certains élixirs parfumés et surtout destiné au pain de vie (la connaissance). Il était utilisé lors de la préparation des momies royales pour le départ vers le jardin céleste. Une fois le corps éviscéré de ses organes principaux, les organes étaient placés dans les vases canopes (Canopus), en suivant les quatre directions, et la momie gardait son cœur (Sirius).

La momie était enveloppée après une longue préparation (70 jours), puis intervenait la cérémonie du souffle (sous l’égide de Véga). Le bandelage sacré écrit était intercalé avec des couches de bitume naturel et des préparations à base d’encens.

Le bitume servait de lien entre la partie céleste cachée où l’âme se dévoile à elle-même. L’âme, lors de ce voyage, prenait conscience d’elle-même au travers des œuvres de la création et de son principe premier.
La clé de ce voyage et sa compréhension sont les cinq jours épagomènes.

Le voyage emmenait l’âme à un endroit du ciel où tout était sombre. Seule la lumière de l’esprit guide l’âme à retrouver son chemin : le chemin de la vie éternelle, le retour au jardin.

Cette partie du ciel fut appelée plus tard la ténèbre. Une absence de lumière y règne du fait que ce lieu possède très peu d’étoiles. Cet endroit du ciel laisse entrevoir un autre système, une galaxie, qui est le symbole de la continuité et le temps présent de toutes choses. Il est appelé aussi Horizon de l’homme.

Le symbole du bitume est l’âme se transcendant de la dimension humaine pour épouser la dimension divine, prise de conscience de l’unité.

La chaux et le natron comme fixateurs

Ils étaient utilisés pour fixer certaines molécules lors de la séparation du corps de la plante et de ses sommités (calcination et distillation).

Le feu comme source de vie

La chaleur était maintenue et poussée par des mélanges savants d’essences de bois et autres préparations à base d’essences naturelles. Les préparatifs spirituels faisaient correspondre ce feu à l’image du premier astre solaire ; les flammes et la chaleur sont la source qui donne vie.

La conscience de l’épopte, à ce moment, était de se jumeler symboliquement à cette source, afin que son œuvre et lui-même soient éclairés comme le nouveau soleil en devenir (Jupiter).

La nuit et le serpent

L’accès à la nuit, qui est le symbole de l’inconscient (la lune et l’ignorance), passe par le cuivre (Vénus) et sa dimension cachée (Mars).

Argent alchimique
Argent alchimique
poudre d’argent ou vif argentée
Poudre d’argent ou vif argentée

Ce qui rend La quête de l’argent plus complexe que l’or car est le fait que l’âme doit refaire le voyage de son point d’origine à la terre en intégrant son inconscient et toute la dimension physique (la compréhension de des deux luminaires.)

Le cuivre est le serpent, le conducteur électrique et a le rôle d’enseignant (Mercure).

Les jarres utilisées étaient souvent en terre argileuse cuprifère. Le cuivre contenu dans l’argile servait à la conductivité de la chaleur, mais surtout à la conduction électrique en vue de faire réagir les gaz créés.

Du fait de la volatilité de l’eau et des ajouts de matériaux lors de la distillation, des gaz se forment au-dessus de la matière, qui rend les particules qui la constituent. Des tensions électriques alors se créaient dans les gaz.

Cette combinaison engendre un état différent de la matière par une micro-explosion atmosphérique à l’échelle de la jarre.

La matière présente est fécondée, transformée. Ce processus est répété jusqu’à obtenir soit de l’or, soit de l’argent ou d’autres métaux et minéraux.

Les propriétés et applications spirituelles

Ces poudres de métaux ou minéraux synthétiques obtenus possèdent des particularités physiques différentes de leurs semblables créés naturellement. Ils réagissent avec les sens et l’âme.

Paon aux mille yeux entre colonnes d'Anubis et montagne de feu, illustration parfum Oiseau bleu Elganaur
Oiseau bleu

Pour le minéral synthétique utilisé en peinture pour obtenir du bleu, si on le broie finement ou plus grossièrement, cela a pour effet de donner des variations claires ou foncées à la couleur. Selon l’utilisation voulue et le rendu, le grain obtenu servait de support pour l’expression à la divinité sur ce plan. L’ensemble créait des tensions dans le cerveau. Ces tensions permettaient d’avoir une pensée dynamique liée au plan cosmogonique et au monde sensible.

Les métaux issus de la préparation alchimique servaient à des applications spirituelles et/ou médicinales. Ils agissaient sur les deux plans de conscience de l’être humain. Certaines poudres de ces métaux étaient employées dans des parfums antiques et parfois comme fixateurs pour un type de fragrance précise en vue de localiser sur le plan terrestre les bienfaits de la divinité (lotus bleu du Nil).

La trace subtile de la lumière dans la matière

Dans cette logique, l’or d’Ophir est une forme d’or non repérable ; il possède toutes les caractéristiques de l’or alchimique à un détail près : il est complètement transparent, comme un cristal. La matière obtenue est assez troublante, elle est iridescente et à la limite de l’incandescence au toucher, avec des émissions de lumière vive.

Ces métaux et minéraux ont la particularité d’être informés par les différents règnes (minéral, végétal et une partie de l’opérateur humain) qui sont reproduits successivement par l’action du serpent dans la jarre.

Carte céleste ancienne représentant les constellations associées aux traditions alchimiques et hermétiques.
Carte céleste

Ces niveaux de préparations requièrent de connaître le fonctionnement intime de la matière et l’organisation de celle-ci. Ici, le parfum devient la synthèse de la science antique : il ouvre la voie, il accompagne, il prépare l’âme au voyage et à la rencontre de sa réalité. Chaque étape du processus alchimique dépend du ciel et de l’hémisphère céleste pleinement opérant à un moment donné.

L’élément se retrouve ainsi quintessié et sort du champ usuel de conscience (l’intellectif) pour rentrer dans le non repérable (le monde sensible). Il sert de support ou de pierre d’achoppement à la construction d’une nouvelle pensée trouvant écho dans la matière.

L'alchimie est la petite porte

De par sa réalisation, elle marque le point de départ pour l’épopte antique à travailler sur les grands ensembles (les systèmes solaires visibles de notre galaxie).

Les époptes de l’époque vivaient des événements de l’âme qui sont concomitants avec l’acte de création.

 

L'alchimie, sœur de la prophétie

Ce processus décrit ci-avant était le cœur des textes sacrés, tout y était consigné sous forme archétypale. L’utilisation des paraboles et termes allusifs permettait à l’épopte de passer du conscient à l’inconscient, de l’intellectif au sensible.

Ces allers-retours entrouvrent le chemin des sens et du savoir, le chemin de l’origine, en révélant la mémoire, la dimension des parfums.
Une transposition des textes anciens peut se faire aussi sur un plan purement botanique ; cette tradition a perduré jusqu’au haut Moyen Âge.

or alchimique
Or alchimique
poudre d'or appelée poudre de projection
Poudre d'or appelée poudre de projection

Selon les traditions anciennes antiques (égyptienne, perse, indienne, chinoise), les premières transmutations furent du végétal au métal, afin de transformer la nature en chair des dieux. Plus tard, cette voie complexe fut délaissée au profit de la voie métallique par les Grecs.

Dans les textes sacrés

De ce fait, nous pouvons retrouver sous forme d’allégorie l’histoire d’un enfant laissé sur le fleuve et adopté par une autre famille, qui est l’image de notre soleil adopté par un autre système solaire et par son étoile principale.

Toute une hiérarchie de personnages s’inscrit dans le ciel. Nous pouvons encore aujourd’hui remonter à des temps immémoriaux.

Navire symbolique représentant le voyage intérieur, l’imaginaire et la dimension spirituelle du parfum
L'allégorie de l'âme

Les images utilisées pour inciter au voyage de la connaissance sont celles du bateau, allégorie de l’âme, de la terre, du zodiaque, et d’illustres personnages symbolisant la compréhension de la nature (les jumeaux, le cheval, l’âne et les oiseaux entre autres).

Nous trouvons des personnages avec la mise en scène d’un bateau, d’autres symbolisant la nature ou un lien fort avec elle au travers des oiseaux ou se faisant nourrir par eux, etc. Leurs enseignements s’enracinent dans une tradition hermétique qui se dévoile petit à petit sur le long chemin de la vie. Ici, l’alchimie prend son essor et devient la science de la lumière.

L'alchimie est le début de la voie, le commencement

Malgré que les Grecs soient les dignes héritiers de la science dorique, ils étaient fort éloignés, par la pensée, de la compréhension du monde des anciens Égyptiens ou autres collèges de savoir.

Leurs successeurs, les Romains, ont adopté le modèle grec, privilégiant encore plus l’intellectif et le politique. Ils s’éloignèrent mentalement des sources antiques et des liens civilisateurs de ces collèges.

Principes intellectifs et dégradation de la pensée

Montagne sacrée inspirée des traditions anciennes et du symbolisme spirituel lié aux parfums sacrés
Le jardin

La disparition du monde sensible a créé un effondrement de la pensée. Les conceptions mentales et les fausses croyances ont beaucoup fourvoyé le principe de compréhension des sciences antiques et sa dimension intérieure.

Ce nouvel état de pensée a ramené l’alchimie à de la vulgaire magie opérative.
Dans l’évolution culturelle de l’Europe, l’époque médiévale a remis en selle le monde sensible et le principe des distillats.

L’avancée des sciences dites dures a fait place à la Renaissance. Cette période a pris comme modèle la Rome antique.
De cette filiation intellectuelle découle tout naturellement la survivance d’un état de pensée plus matérialiste. Ainsi, beaucoup d’auteurs de cette période ont pris l’œuvre de l’alchimie pour une finalité, en ne voyant plus que l’œuvre à nouveau pour elle-même.

Le XVIIIᵉ siècle ou la vulgarisation de l’Ars Magna

L’art alchimique né dans l’esprit collectif de cette époque fut entravé par la disparition du monde sensible, entraînant dans son sillage les idées déformantes et les concepts erronés. Ces œillères ont entravé la compréhension du savoir antique et le but.

On a vidé l’alchimie de sa quintessence. Les mages et intellectuels de l’époque se sont divisés en deux camps : le camp du spéculatif et la dimension intérieure, et le camp opératif avec sa dimension toute extérieure. Chacun étant l’idiot de l’autre.

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